Victoria Ocampo, la mécène des arts argentins

Ayant appris le français avant l’espagnol, Victoria Ocampo, issue d’une famille aristocratique portègne, a mené une vie dédiée à l’art et au mécénat. Rebelle aux normes de son époque, elle a aussi pris part à la cause féministe et constitue la première femme à intégrer l’Académie Argentine des Lettres. Qui est donc cette bonne étoile de la Culture?

 

Le français comme première langue

Victoria Ocampo est née en 1890 dans une famille aristocratique de Buenos Aires descendant des premiers conquistadors espagnols. D’ailleurs, pour la petite histoire, ses parents se sont rencontrés lors des funérailles de Sarmiento, un important chef d’état argentin. Elle est l’aînée de 6 sœurs. Selon les habitudes de l’élite argentine de l’époque, les filles Ocampo reçoivent une éducation privée avec une institutrice française. Le français sera d’ailleurs la première langue de Victoria. La famille effectue plusieurs longs séjours en Europe et lors de leur second voyage, Victoria poursuit des études de Lettres à la Sorbonne. Elle est attirée par les arts et surtout par le théâtre. Elle souhaite être actrice, mais son père s’y oppose fortement, déclarant qu’il ne supporterait pas le déshonneur de cette profession et qu’il mettrait fin à ses jours si elle prenait une telle décision. En 1912, elle épouse Luis Bernardo de Estrada, issu d’une famille très catholique et conservatrice.
Elle est sceptique quant à cet homme, considérant qu’il cherchera à la soumettre et ses doutes se confirment lorsqu’elle intercepte une lettre. Son mari écrit à son père en lui assurant qu’elle abandonnera ses idées d’être actrice dès qu’elle tombera enceinte. Deux ans plus tard à leur retour de leur lune de miel, le couple se sépare.

La jeune Victoria, bien décidée à ne plus se marier, se tourne donc vers la littérature. Elle commence à écrire en espagnol des articles littéraires pour le journal La Nación. Elle est critiquée sur son style, jugé trop influencé par le français. Pendant dix ans, elle écrit donc ses articles en français qui sont ensuite traduits en l’espagnol.

 

 

Une fortune immense

Victoria Ocampo hérite de trois fortunes: celle de sa tante, celle de sa marraine et celle de son père. Toute sa vie, elle consacre son argent à l’art et aux artistes. Elle rencontre et s’entoure de personnages influents de l’époque du monde artistique. Elle reçoit par exemple le poète indien Tagore. Lors de nombreux voyages aux Etats-Unis et en Europe, elle rencontre Virginia Woolf, Jacques Lacan, Aldous Huxley, Nehru etc.. Elle finance les premières conférences de Jorge Luis Borges sans que celui-ci soit au courant et payera aussi les traitements de l’auteur contre la maladie dégénérative dont il est victime et qui le mènera à la cécité. Le français Roger Caillois est son hôte pendant 5 ans dans sa Villa Ocampo. Grâce à leur collaboration, Caillois traduira aussi de nombreux écrivains latino-américains et sera plus tard responsable de la diffusion de l’oeuvre de Jorge Luis Borges en France, au sein des éditions Gallimard.

Victoria Ocampo aux côtés du Bengalis Tagore, Prix Nobel de Littérature 1913

 

La Revue et les Éditions Sur

Sa plus grande contribution est la création de  » Sur « . Elle fonde cette revue littéraire en 1931. Le groupe de travail constitué entre autres de Jorge Luis Borges, Silvina Ocampo (sa sœur poète et nouvelliste) Bioy Casares, (écrivain et époux de cette dernière) travaille à la publication de textes inédits mais aussi de critiques littéraires sur les écrits du moment, constituant une influence importante dans le monde des Lettres. Ce magazine, des plus importants d’Amérique latine, reçoit aussi l’aide d’un comité d’intellectuels étrangers et la contribution d’auteurs comme Jean Malraux, Octavio Paz. Julio Cortazar, publié dans La Revue, expliquera plus tard que le journal a énormément aidé à la visibilité des jeunes écrivains de l’époque comme lui. En 1933, Victoria Ocampo crée la maison d’édition Sur qui participe à la diffusion de la littérature étrangère en Argentine. Ainsi, sont édités des auteurs les plus influents de l’époque tel Federico García Lorca, Aldous Huxley, D.H Lawrence, Virgina Woolf, Albert Camus, Graham Green. Cette relation étroite avec l’étranger lui est reprochée par ses détracteurs issus de la gauche et des milieux nationalistes.

 

La cause féministe

En 1936, au milieu d’une polémique visant à la modification d’une loi sur le statut des femmes elle s’engage pour la cause féministe en créant l’Union des femmes Argentines qui fédère plus de 20 000 Argentines. L’association obtient gain de cause et le projet de loi est finalement abandonné. En 1977, elle sera la première femme à intégrer l’Académie Argentine de Lettres. Et tout au long des années 1960 elle reçoit différentes distinctions internationales. L’oeuvre littéraire de Ocampo est assez limitée, elle-même regrettant de n’avoir pas reçu le don de l’imagination comme sa jeune sœur. Ses écrits sont surtout autobiographiques et ses textes essentiellement des traductions de noms aussi varié que Graham Greene, Albert Camus, Faulkner, Paul Claudel, Ghandi. Sa contribution reste surtout celle du mécénat et de l’influence dans les lettres. À la fin de sa vie, Ocampo a dépensé toute sa fortune et elle a du mal à payer ses impôts. Pour y remédier, elle fait don à l’Unesco de sa demeure, la villa Ocampo, afin de continuer son oeuvre de protection de la culture.

 

Sur les traces de Victoria Ocampo

La Villa Ocampo, qui fut sa résidence durant 38 ans et lieu de réception des grands intellectuels de l’époque est aujourd’hui le siège de l’Unesco. Une partie de la villa se visite et propose une découverte autour de la figure de la directrice de Sur (informations à ce lien).

La Villa Victoria, résidence de villégiature à Mar del Plata, est aussi un musée en son honneur : description des lieux ici.

Victoria Ocampo repose dans le caveau familial au cimetière de Recoleta. L’occasion de découvrir sa tombe lors d’une visite à cet incontournable de la capitale  Argentine.

 

 

 

Crédits Photo : DR.

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